Nous reprenons ici le texte édité par l’association Vivre le 14 septembre 2026 sur son blog Vivreactu
La multiplicité des crises et la frénésie productiviste rend très difficile la tâche des responsables politiques. Passer des réflexes aménagistes dignes des trente glorieuses à l’invention de nouveaux espaces pour une nouvelle industrie se fait sur un fil. Les imaginaires des individus et les imaginaires collectifs doivent évoluer très vite, reconstruire des points de vue nouveaux.
Comment permettre aux investisseurs une rentabilité à deux chiffres, la prise en compte de nouvelles relations aux vivants, et changer les méthodes de production ? Le défi paraît impossible, en tout cas tellement contraint par l’urgence climatique et la sixième extinction de masse, qu’on se dit parfois que seule la catastrophe permettra d’engager les esprits vers les changements indispensables.
Sujet du baccalauréat 2027: comment mettre d’accord un tour de table d’investisseurs, les élus d’une Com Com, des citoyens mobilisés pour l’environnement, les programmes européens et le groupement d’achat de supermarché sachant que la tornade s’abat après 3 mois de canicule et sécheresse ?
Vous avez 8 mois…
On ramasse les copies.
Rencontre un matin d’août 2026 entre les tenaces militants de Vivre, l’association environnementale qui a mis trois fois en échec Inspira dans des recours juridiques, et Thierry Kovaks, nouveau président d’Inspira, par ailleurs Maire de Vienne et en charge de l’économie au SCot Rives du Rhône (Schéma de Cohérence Territoriale). Objectif: échanger sur la nouvelle charte d’Inspira, document qui permettra de cadrer la candidature d’entreprises à leur installation sous les fumées des 8 incinérateurs de la zone industrialo-portuaire. Objectif secondaire, faire en sorte que les Vivre ne viennent pas manifester sous les fenêtres de la péniche sans eau, siège d’Inspira, histoire de ne pas couler une nouvelle fois les élans aménagistes.
Sincèrement, c’est agréable d’être face à un élu qui ouvre les dossiers, accepte les modifications et prend le temps d’échanger sur le fond. Le fait qu’il soit accompagné par deux personnes de l’équipe d’Inspira fait penser que les modifications apportées seront réelles et que le texte qui sera soumis au vote très prochainement portera la trace de ce rendez-vous.
Vivre à déjà fait bouger l’institution, par le combat juridique. C’était sur la question de l’eau et on est passé de 80 000 m3 par jours à 2 000 ! Pas mal non? On se demande comment ce type de changements est possible! Mais à quel prix cette évolution s’est-elle réalisée ? grâce à combien d’efforts militants ? On peut espérer que la méthode par concertation soit un peu plus douce… Mais il ne faut pas avoir peur de la conflictualité.
Par ailleurs les politiques publiques commencent à faire entrer dans les têtes que la décarbonation répond au enjeux d’une autre limite planétaire : les bouleversements du climat.
Ainsi cette nouvelle charte d’Inspira intègre plus ou moins deux limites planétaires. Ce qui ne veut pas dire que tout est en ordre.
Par ailleurs il reste encore un certain nombre de limites planétaires à faire entrer dans la ligne de mire des aménageurs.
On pourrait citer:
1 – La perturbation des cycles biogéochimiques qui suppose de réduire la fabrication d’intrants agricoles issus du pétrole et de l’extractivisme.
2 – la perte de biodiversité et une sixième extinction en cours. Nous pouvons témoigner de la disparition du Bruant Ortolan (et il y a d’autres espèces) sous l’extension incontrôlée des activités industrielles du Nord Drôme.
3 – La concentration atmosphérique d’aérosols (c’est en lien avec le tiret 5).
4 – le changement d’usage des sols
Ici, le vice président du SCoT nous apprend que 9 hectares sur 10 de friches industrielles sont perdus! C’est à dire que ce sont des cimetières industriels, des sanctuaires des 70 piteuses, des témoins inavoués de la rapacité industrielle: “Take the money and run”. Certes acheter des terres agricoles à 7 000 € l’hectare c’est plus économique que de mettre 3,5 millions d’euros par hectare dans la dépollution. Mais pour les générations futures on ne peut plus penser détruire une terre et partir…
On peut partager l’optimisme de Hannah Richie, dont la lecture nous a été conseillée par le président, il n’en demeure pas moins qu’attribuer le changement d’usage des sols à la seule agriculture est un trompe l’œil.
Il faut être vigilant soit-même aux procédés intellectuels rassurants mais qui ne font que pousser le poison sous le tapis.
Le lien est de plus en plus étroit entre agriculture et industrie (mécanisation et robotisation, engrais, chimie, pétrole, transport…) (au moins une des entreprises d’Inspira en est l’exemple avec le stockage massif d’engrais), la déforestation est d’abord une industrie du bois mondialisée, l’extractivisme forcené est aussi un modèle qui obère des démarches d’innovation s’appuyant sur d’autres approches (voir le modèle électrique uniquement basé sur les terres rares).
5 – Et la limite planétaire qui explose tous les compteurs : les nouvelles entités, l’invasion du plastique, toutes les matières issues de la chimie des intrants agricoles, de la pharmacie, toutes matières qui couvrent l’océan, les sommets alpins, les nuages et le plus profond de nos corps à tous.
Et là le chantier est à la fois nouveau, gigantesque, remet en cause tout le système et vient percuter nos imaginaires du progrès, du soin, de la modernité.
Comment inscrire dans la charte qu’il faudra bien un jour que les usines se passent de PFAS, par exemple ne plus utiliser de scotch ou du moins pas ceux fabriqués aujourd’hui, ne plus utiliser de biocides, se dé-plastifier…
On voit bien que l’imaginaire de notre édile, comme le notre, peine à trouver les chemins pour agir tant les solutions aux multiples crises en cours bouleversent tout ce qui constituait nos espoirs, nos facilités, nos progrès…
Repenser nos existences avec des matières inscrites dans les cycles du vivant, penser les conséquences de nos pratiques dans le temps long, c’est tout le mode de vie industrielle qui est interrogé. On est pas sortie du sable!
On voit la marche à descendre : chaque français ne devrait utiliser que 2 tonnes de carbone par an, alors que nous en utilisons en moyenne 8 tonnes. Histoire de rire (jaune), faites le calcul sur le site du gouvernement: https://www.info.gouv.fr/actualite/calculez-votre-empreinte-carbone
Mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’il faut arrêter ce qui crée les désordres climatiques actuels. A 34°C les tomates ne pollinisent plus, à 50°C ce ne sera que désert, et imaginer des politiques publiques pour +4 degrés, c’est imaginer vivre à 50°C. Non merci. Donc stop!
