
C’est le deuxième atelier de 3h auquel je participe au nom de Frapna Drôme Nature Environnement pour la préparation du futur PTGE de Galaure – Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau. L’invitation vient de la Communauté de Commune Porte de DromArdèche. On y retrouve tout (ou presque) le monde des collectivités, syndicats, services publics et administrations, associations qui ont à voir avec les questions de l’eau dans le bassin versant de Galaure.
Le premier atelier avait été très intéressant, organisé avec finesse pour permettre l’expression sur un sujet qui peut vite devenir complexe et tendu. Ce deuxième atelier a été mené avec autant d’intelligence et de compétence navigant entre données scientifiques et particularités du territoire. Les participants sont de bonne volonté, concernés et attentifs, ce qui globalement permet de parler en confiance. On verra ce qui sortira du chapeau en Avril 2027, date prévue de la sortie officielle du PTGE. On verra ce que les élus retiendront de nos échanges.
Sans rentrer dans le détail, il s’agit de définir les grands enjeux pour Galaure et ses affluents, pour la nappe, pour l’eau de pluie (la seule ressource directe du territoire – il n’y a pas de magie!), pour l’eau potable, l’eau pour les vivants « sauvages », l’eau pour la “nature”, l’eau pour l’agriculture et l’eau pour l’industrie.
Ce qui m’intéresse ici dans cet article ce sont les imaginaires révélés par ces échanges.
Premier angle mort : ce qui cause le réchauffement climatique.
Il semble acquis aujourd’hui qu’il y a bien un changement de climat et qu’il faut agir. On ne retrouve plus de climatosceptique. C’est déjà ça ! Alors on va parler de comment agir face aux changements climatiques mais la structure en silo des politiques publiques ne permet pas la vision globale. Donc on ne parlera pas de ce qui cause le dérèglement du climat. Ce qui facilite une certaine schizophrénie des politiques publiques qui artificialisent à tour de bras ( Zone industrielle, échangeurs A7, projet de pont sur le Rhône, 1700 logements nouveaux…) et qui font quelques mares pour faire mine d’être dans le mouv de l’hydrorégénération.
Si on veut lutter contre le réchauffement climatique : on arrête d’abord, de faire ce qui le provoque. Et on attend pas que “les autres” commencent. On le fait ici et maintenant.
On s’informe sur les causes du réchauffement climatique https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/changement-climatique-causes-effets-enjeux
Puis on arrête les politiques qui favorisent le transport et la dépendance aux flux mondialisés.
On arrête les politiques d’artificialisation des sols… On change beaucoup de choses qu’on trouvait chouettes au 20e siècle…
Comme l’a rappelé opportunément notre animateur du jour, un français génère 10 tonnes de carbone par an, il faudrait qu’il n’en génère que 2 tonnes! https://www.info.gouv.fr/actualite/calculez-votre-empreinte-carbone
La marche est trop haute, les solutions inaudibles dans l’état actuel des imaginaires collectifs, et impossible à évoquer par un responsable politique qui souhaite être réélu!
Deuxième angle mort : il n’y a pas que le réchauffement climatique!
Parler du changement de climat c’est compréhensible par tous, presque 40° au mois de mai, on comprend vite qu’il y a un truc qui cloche.
Mais la crise d’habitabilité de la planète est bien plus grave… Il y a encore 8 autres limites planétaires ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Limites_plan%C3%A9taires
Et presque toutes ces limites sont en train d’être dépassées, globalement pour les mêmes raisons, les mêmes que celles qui causent le changement climatique : un emballement non maitrisé des activités humaines, une perte massive de savoir être terrien.
Houla! ok!, bon! on ne va parler que de l’eau, c’est déjà assez compliqué comme ça!
Donc on limite les investigations du groupe de travail à la seule lutte contre les effets du changement climatique.
Et on ne sait pas quelles seront les autres instances qui permettront un début de débat public comme notre petit groupe de travail à l’échelle du territoire… Pourtant les multiples dérèglements vont vite nous rattraper…
On se remet au travail, consciencieusement, la perte de biodiversité en cours sur le territoire attendra, la disparition des bruants ortolans, la mise en péril de la population de lamproie de planer, la fragilisation des forêts… On verra plus tard…
Ce deuxième atelier était destiné à tester quelques pistes d’actions. C’était assez réconfortant de voir que la tendance chez les participants est plutôt à la modestie, on se méfie des grands travaux. On comprend bien que la logique de substitution ressemble à un tour de magie, que tous les territoires sont en train de se tourner vers le Rhône qui perd déjà plus de débit que prévu.
Il tombe entre 800 mm à 1m d’eau par an. La question est : comment on apprend à vivre avec ce volume?
Et, très rapidement des considérations qui ne sont pas que aquatiques, s’invitent dans le débat. Notamment l’activité du territoire ne peut se penser que « en croissance ». Plus d’habitants, plus de maisons, plus de productions, donc besoin de plus d’eau. L’imaginaire de la croissance agit comme un cadre de pensée déterministe, “naturel”, c’est à dire qu’il est impossible de penser une politique publique sans croissance. Ce serait comme un aveu d’échec. Mais je ne veux pas ici militer pour la décroissance. Ce serait tomber dans un opposition binaire infertile et sans issue. Mais il faut quand même essayer de faire son bilan carbone personnel pour comprendre la difficulté (voir plus haut le site de l’Adème).
Essayons de sortir du débat quantitatif en mettant en avant des approches qualitatives. Est-ce que la qualité de la vie des habitants passe par plus de camions, plus de parkings, plus de voitures, plus d’emplois précaires? Est-ce que la qualité de vie passe par plus de maisons, plus de lotissements avec leurs cortèges d’idées noires et grises? Est-ce que les logiques de périurbanisation amènent une meilleure qualité de vie? Est-ce que la qualité de vie c’est de faire deux heures de route par jour pour se rendre au travail et en revenir ?
Et le mythe de la croissance trouve de nouveaux chemins. Il faudrait accueillir plus d’habitants pour permettre la liberté d’installation. On se demande ce que vient faire la liberté ici. Personne n’est libre de s’installer où il veut mais uniquement où il peut. Il n’est pas question de liberté.
Et je repense à ces images de plages paradisiaques qui deviennent un enfer quand le surtourisme s’abat sur elles. Je me souviens de ma déception en voyant le film “l’incroyable histoire du facteur Cheval”. Où était la Galaure et la bise d’été dans ses peupliers? Où étaient les vallées de la Drôme des collines? Où étaient les galets des maisons? En fait il y avait trop de tôles, trop de fils électriques, trop de poteaux, trop de goudron dans la vallée de Galaure. Il a fallu trouver des contrées moins abimées pour reconstruire un enchantement et transférer le temps du film le cadre de vie du facteur Cheval dans des contrées plus acceptables.
La question n’est pas de retrouver un monde perdu, mais un monde qui a de l’avenir.
Et manifestement, cet avenir s’obscurcit.
Antoine Conjard


