Le club de l’île de Pâques

Pour la première pierre nous n’avons pas vu Pierre : notre député européen est rentré dans la salle des fêtes de Saint Barthelemy de Vals en catimini. De même, nous n’avons pas eu le plaisir d’échanger avec le citoyen Florent malgré notre châleureuse haie d’honneur. Une première pierre des échangeurs présentée comme une réunion « privée », un symbole de la dérive anti-démocratique. Alors que deux recours juridiques sont en cours, alors que 30 millions d’euros au moins, vont être dépensés  sur des fonds essentiellement publics ou à partir d’une concession publiques, le public, justement n’est pas convié! En fait il est quasiment impossible aujourd’hui d’avoir un échange constructif avec des élus. Le système intercommunal crée un écran supplémentaire et éloigne les citoyens des lieux de décision. À tel point qu’un aménagement routier devient un objet privé! 

Des élus se réunissent donc pour enfouir dans les fondations de leur futur échangeur un texte souvenir. Mais quel est ce texte? On imagine les archéologues du futur en train de découvrir le message, j’en imagine un :

« Nous, réunis ce mardi 26 août 2025, 

  • après 2 vagues de chaleur inédite cet été , 
  • alors que tous les scientifiques nous ont largement averti des effets délétères du transport routier sur le climat (30% du réchauffement climatique), 
  • alors que des citoyens nous alertent sur la dégradation de la qualité de vie et de la santé (bruit, pollution de l’air, pollution de l’eau, cancers….), 
  • alors que nous savons que notre politique d’aménagement détruit la biodiversité (disparition de l’emblématique bruant ortolan des Fouillouses),
  • alors que l’autoroute renforce le transport par camion et que nous savons qu’il faut au contraire, engager une réduction de la dépendance aux instables échanges internationaux pour retrouver, notamment, un peu d’autonomie alimentaire sur notre territoire;
  • alors que nous savons que notre imaginaire aménagiste est dépassé, qu’il devrait s’envisager sur des bases nouvelles…

Nous, donc, avons décidé ce jour de fonder le « club de l’île de Pâques » en hommage à ce peuple de bâtisseurs aveugles et obtus. »1

Suit une photo prise aux Roches qui dansent d’une vingtaine de sculptures de têtes énormes d’élus renfrognées dans leurs certitudes apparentes avec la dédicaces « à nos enfants et petits enfants ».

Un reportage d’Elzear

Avant d’aller faire la haie de déshonneur

1 – l’allégorie de l’île de Pâques s’appuie sur l’hypothèse de Jared Diamond d’un « suicide écologique » sur l’Ile de Pâques. Les recherches archéologiques ont montré que les changements brutaux sur l’île sont liés à l’esclavagisme et à l’exploitation des ressources par des envahisseurs successifs. Avidité sans vergogne, inconséquence des choix, l’allégorie fonctionne quoi qu’il en soit…